Vincent, Flavie,
Mon cœur est plein d’émotion alors que je vous parle, parce que votre papa, mon ami de toujours, était plus qu'un ami... Il était comme mon frère. Il n’est plus là et je trouve ça trop difficile, trop injuste et sa disparition me bouleverse pour tous ses amis mais aussi, surtout, parce que je pense à vous...
J’ai connu votre papa quand nous étions enfants, quand nous avions à peu près le même âge que vous, lors des animations du foyer de Lincou où nos parents nous amenaient obligatoirement... Il était grand, il avait 4 ans de plus que moi ! A l'époque déjà, on aimait bien être à Lincou... Et on ne savait pas encore tous les fous rires et toutes les confidences que nous allions partager au cours de notre vie... Il avait déjà ce cœur immense, toujours tourné vers les autres, quand il aidait Christian, votre papi, à mettre en place les festivités, ou qu'il apportait des coupes de champagne à Michelle, votre mamie.
On ne se croisait qu'à des occasions joyeuses et ce sera finalement au début des années 90, impossible de me souvenir exactement de la date, que nous avons commencé à passer plus de temps ensemble, d'abord sur les rives du Tarn puis au bord de la piscine de Lincou qui venait d'être construite.
On en a passé, des heures, à jouer avec le robot aspirateur, à manger des princes au goûter (oui ça existait déjà à l'époque !), à évaluer l'heure grâce à l'ombre des arbres sur les margelles et à vite rentrer à la maison quand sonnait 19h au clocher de l'église... Et peu à peu, d'autres nous ont rejoint autour de cette piscine... Xav, Mag, Micka, Tony, Doume, Manu, Pierrot, Liselotte, Edith, Rémi, Steph... Certains d'entre nous venaient à la piscine même quand il pleuvait, pour nous réfugier dans la caravane de Mitch et passer l'aprèm à jouer au tarot.
Puis sont arrivés les âges où on a commencé à sortir... Je me souviens quand votre papa a eu son permis et est arrivé fièrement à la piscine à bord de sa fiesta... Oui, c'était vraiment pas loin, la piscine, mais il fallait nous montrer qu'il pourrait nous amener partout !
On écoutait alors toto en boucle pour se rendre à tous les bals alentours. C'est comme ça que nous avons rencontré encore d'autres jeunes devenus nos amis, dont certains pour toujours : Celou, Elo, Max, Seb, Oufti, Rémi, Céline de Connac Mountain, Alison, Jojo, Nils, Manon, Claire... La Lincou Beach Band était créée aux sons de Lou Bega, ACDC et Gilbert Montagnier... Oui, nos goûts musicaux étaient éclectiques !
Toutes les vacances, collection printemps/été comme automne/hiver, nous voulions désormais les passer ensemble, dans notre village où le temps semblait suspendu et où on rigolait toujours fort à faire les bulots au bord de la piscine. Je suis certaine que vous avez vu votre père buloter plein de fois, parce que c'est ce qu'il faisait à chaque fois qu'il partait en vacances et disait qu'il fallait laisser le cerveau sur le bord de la baignoire...
Votre papa nous faisait énormément rire avec ses idées toutes plus absurdes les unes que les autres... Voyage dans le grand nord (comprenez : au dessus de Lyon) avec string en poils de yach, prière vers Lincou dès que nous voyagions ensemble, création d'un nouveau sport olympique : le Mitch volley et j'en passe et des meilleures... Je ne peux même pas compter le nombre d'heures de fous rires que nous avons eus ensemble tellement il y en a eu...
Je me souviens aussi des débuts avec votre maman, quand il allait à la cabine téléphonique de Lincou pour l'appeler ou, une fois qu'il avait un téléphone portable, quand il devait aller téléphoner au milieu du pont parce que c'était le seul endroit où ça captait...
Ce pont, c'était ce qui nous reliait, nous qui habitions d'un côté et de l'autre du Tarn. Les années s'écoulaient et on invitait tous les étés nos amis respectifs venus de partout en France, pour passer des moments inoubliables et faire grandir nos amitiés avec les potes de potes qui nous rejoignaient : Romain, Laurine, Alexis, Laura, Julien, Calou, Fabien, Marielle, Lilie, Chloé, Serge, Lena, le viet, Greg, Marie, Béné, Fred, Ben et tant d'autres... Nos amitiés étaient poreuses parce qu'on était entourés de gens bons, comme on rigolait à se le rappeler...
On criait "Ô Toulouse!" avec mon frère pour attirer l'attention de la bande de potes de la rive d'en face. Il nous répondait "Ô Marseille!" pour nous signifier qu'on pouvait se donner rdv au village, à la piscine ou au château...
C'était ça le super pouvoir de votre papa : réunir des gens improbables et que la magie opère, au delà de nos différences... Je ne peux pas non plus compter les belles rencontres que Scual m'a fait faire, elles sont trop nombreuses... Marco, Charles, Émilie & Christophe, Christophe & Émilie (oui, je n'ai pas mis les numéros), Fabrice, Dam's, Bulle, Julio, Aurélie, Rémi, Tom, Aurélie, Guilain, Manu, Numa, Matthieu, Blandine, Ben, Romu, Valerie, Christophe... j'oublie forcément du monde parmi ses amis de la fac et de l'A7... À vous, je voulais vous dire que vous êtes aussi précieux dans ma vie et que même si Lincou avait surtout du sens avec Scual, j'espère vous y revoir encore longtemps et ma porte vous sera toujours ouverte, comme à vous évidemment, Claire, Vincent et Flavie.
D'ailleurs, avec les amis de la LBB, nous avons pour projet de planter un arbre du souvenir à Lincou cet automne et évidemment, vous serez tous les bienvenus pour partager ce moment.
Je compte aussi encore sur vous tous et toutes pour continuer à faire vivre la fête de Lincou qui lui était si chère et essayer de répondre encore aux questions existentielles que Scual adorait poser :
- est ce que le Charles de schroedinger va finir par faire un footing avec les hollandaises ?
- est ce qu'il vaut mieux avoir des bras de 9 mètres (avec un coude à 4m50) ou 27 canards qui te suivent partout ?
- est ce qu' il faut faire des simagrées pour manger des cœurs de canard à magret moins le quart du mat ?
- est ce que c'est bien sérieux de se laisser poustache quand on est un petit garçon mal rasé ?
- pourquoi des personnes tout à fait respectables comme la plupart des gens que cotoyait Scual aiment quand même le fromage ?
- et est ce que ces mêmes personnes aiment autant le pain qu'une certaine catégorie de la population ?
- est ce que les hippopotames à poils laineux de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont les plus forts ?
- comment convertir la population au culte de Lincou et instaurer la prière vers notre village matin midi et soir, aux heures où sonne la cloche de notre église ?
- est ce qu'il vaut mieux embraser le calvaire ou allumer le feu directement dans le clocher ?
Tant de questions pertinentes auxquelles nous n'aurons pas eu le temps de répondre malgré les recherches menées avec souplesse depuis tant d'années...
Vincent, Flavie, il y a juste une question à laquelle on ne peut pas douter de la réponse : est-ce que Scual était heureux de devenir votre papa ?
Quand vous êtes arrivés dans sa vie, il est devenu encore plus lui-même. Il parlait de vous avec tant de fierté, de tendresse... et de curiosité aussi, toujours aussi étonné d'assister à vos premières fois et d'avoir l'impression que vous changiez tous les jours sans qu'il s'en aperçoive. Moi je n'habitais déjà plus dans le sud quand vous êtes nés mais il me racontait tous vos exploits au téléphone quand on s'appelait à des heures improbables. Il ne manquait jamais une occasion de me parler des moments qu'il aimait en famille : les jeux avec vous dans la piscine, quand tu révisais ton piano, Flavie, quand il allait te voir jouer au rugby, Vincent et supporter les joueurs du stade toulousain avec les copains et toi, les jeux de société, les blind tests (auxquels il avait peur de perdre contre vous à terme)...
Bref, par mes mots, je voudrais que vous vous rappeliez toujours que votre papa était quelqu'un d'exceptionnel et qu'il vous aimait de tout son cœur.
Je suis certaine qu'il aurait voulu être là pour vous guider encore longtemps, vous consoler quand c’est dur, vous encourager quand vous doutez et encore partager des moments heureux avec vous. Même si ces derniers temps ont été très difficiles et qu'il n'était plus vraiment là comme avant, tout cet amour qu’il vous portait ne s’en va pas. Il reste, vivant dans nos cœurs, dans nos souvenirs, dans tout ce qu’il vous a transmis sans même parfois le dire : sa gentillesse, sa générosité, sa curiosité, son humour, sa façon unique de rire de la vie, et en vous leguant en héritage le titre de membre de la LBB2 que tous nos enfants forment déjà quand ils ont plaisir à se retrouver tous les ans comme nous des années auparavant...
Je sais que votre papa espérait le meilleur pour vous et qu'il avait confiance en vous pour devenir des personnes pleines de courage, d'intelligence et de bonté... pour devenir des gens bons à votre tour finalement.
Votre papa vous a aimés plus que tout. Et cet amour-là, rien ni personne ne pourra jamais l’effacer.
Moi, je suis loin mais j'ai envie de vous dire que quoi qu'il advienne, je serai là, comme votre maman et tous les amis qu'il a réunis, si vous avez besoin de parler de lui, de vous souvenir, ou juste de ne pas être seuls. Comme votre papa, vous êtes entourés, et nous vous aimons au moins autant que nous l'aimions.
Je terminerai tant bien que mal sur une citation que vous avez dû entendre des milliers de fois :
L'éternité est longue, surtout vers la fin...
Scual, les années à venir vont nous paraître une éternité sans toi.
Le deuil, c'est de l'amour qui ne sait plus où aller... Et quand on aime profondément quelqu'un, on prend le risque d'être aussi profondément affectés par sa disparition... C'était le risque à prendre et même si c'est dur aujourd'hui que tu ne sois plus là, je ne regrette pas une seconde de t'avoir connu, Scual, et aimé pendant toutes ces années 💜
Merci à toi pour tout ce que tu nous as fait vivre et merci de nous réunir encore même dans ces circonstances douloureuses 🙏🏻
Tu nous parlais de ton hypolincounémie à chaque rentrée et on s'appelait alors à chaque fois qu'on avait envie de retrouver un petit morceau de nos vies insouciantes...
Cette année, je vous annonce déjà que je vais être en hypolincounémie ET en hyposcualémie, comme beaucoup d'entre nous je pense, alors je vous demanderai d'être présents et présentes pour nous tous et toutes, et de vous aimer encore, parce que Scual, malgré tout, aurait chanté, probablement en hurlant, "Show must go on"...